Le marathon, le 100km et le 24 heures par les chiffres. Ma pratique de la course à pied.
(Article long)
Dans la mesure où le marathon de Boston est l’un des très rares (peut-être le seul) marathon à exiger des minimas qualificatifs pour participer, il m’a semblé intéressant d’examiner l’effet de cette sélection sur les performances du peloton. Pour ce faire, j’ai calculé les chiffres habituels de pourcentages (cumulés ici) d’arrivants par tranche horaire de 15 minutes pour l’édition 2010 de Boston, et je les présentés dans le même histogramme que ceux des marathons de Paris et New York pour 2010. J’ai également calculé le temps médian des arrivants.
Les résultats sont conformes à mes attentes :
Un calcul sur les années 2008, 2009 et 2010 montre que ces résultats sont très stables, donc il semble que pour l’instant le nombre grandissant de coureurs admis à Boston sans remplir les minimas qualificatifs ( par exemple les ‘charity runners’) ne dégrade pas encore les performances du peloton, au contraire de Londres pour citer l’exemple le plus fameux.
Depuis des années, la pertinence des minimas requis à Boston est débattue : en particulier, les exigences pour les femmes sont réputées trop basses. En octobre 2010, toutes les places pour l’édition 2011 ont été raflées en 8 heures seulement, ce qui semble renforcer cette impression. La proportion de femmes parmi les arrivants est également augmentée, d’après moi, par ces faibles minimas : en 2010 elles représentent 42% de l’ensemble des arrivants, et jusqu’à 52% des arrivants de la catégorie d’âge 18-39 ans. A Paris, les femmes constituent seulement 19% des inscrits et des arrivants, contre 36% à New York. Il est cependant remarquable que le peloton de Boston, avec tant de femmes, soit plus rapide que celui de Paris : c’est encore l’effet des minimas.
Il reste une comparaison intéressante à faire : celle entre les chiffres de Boston et ceux d’un ‘petit’ marathon français parmi les plus performants, par exemple le marathon Seine-Eure, que je connais bien. Les pelotons ne sont pas directement comparables en revanche, car il y a très peu de féminines parmi les arrivants de l’épreuve normande (10% en 2010).
Les histogrammes comparés montrent que le marathon Seine-Eure est plus sélectif, du moins dans ses résultats, que le marathon de Boston. Pour rendre les choses vraiment comparables, il faut réduire le marathon de Boston à ses seuls arrivants masculins.
Les deux histogrammes sont extrêmement proches à présent. Les temps médians sont pratiquement identiques : 3h34 et 3h36 pour les éditions 2010. Le marathon Seine-Eure est plus performant que Boston au delà du temps médian, très légèrement plus lent en deçà. Seine Eure était un peu lent cette année, avec une proportion de coureurs sous les trois heures moins élevée que d’habitude : 9% contre 13% à 15% en général. La conclusion qu’on en retire, c’est que les participants (de certains) des ‘petits’ marathons français se soumettent eux-mêmes à une sélection très similaire à celle imposée par Boston, un grand marathon celui-là. La population de ces petites épreuves est généralement composée de marathoniens chevronnés.
Le site du marathon de Boston annonce que les minimas sont actuellement en train d’être revus. Il est fort probable qu’ils deviennent plus sévères à partir de l’édition 2012 ou 2013. On peut par exemple imaginer un décalage des minimas masculins et féminins de 10 minutes pour les tranches d’âge les plus basses. On peut s’interroger sur un resserrement plus drastique pour les minimas féminins.
Le débat sur les minimas requis à Boston comporte d’autres aspects un peu plus spécifiques :
Les modifications les plus probables du système concerneraient : les minimas qualificatifs, le nombre de places disponibles, la date de début d’inscription, ainsi que la période qualificative.
En tout cas, il est très intéressant et surprenant, pour un Européen comme moi, de constater que le marathon de référence en Amérique du Nord est le marathon de Boston, et pas du tout le marathon de New York, qui constitue la référence absolue pour les Français. C’est sans doute l’existence des minimas qui rend ce marathon si prestigieux.
Quelques liens concernant le débat sur les minimas à Boston :