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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 14:17

(Article long)

boston_marathon_logo.jpgDans la mesure où le marathon de Boston est l’un des très rares (peut-être le seul) marathon à exiger des minimas qualificatifs pour participer, il m’a semblé intéressant d’examiner l’effet de cette sélection sur les performances du peloton. Pour ce faire, j’ai calculé les chiffres habituels de pourcentages (cumulés ici) d’arrivants par tranche horaire de 15 minutes pour l’édition 2010 de Boston, et je les présentés dans le même histogramme que ceux des marathons de Paris et New York pour 2010. J’ai également calculé le temps médian des arrivants.

 BostonNYCParisHisto2010

Les résultats sont conformes à mes attentes :

  • La sélection des partants améliore spectaculairement les performances moyennes du peloton, mesurées par exemple par le temps médian, mais pas les performances extrêmes à 2h45 et moins (de toute façon ces dernières ne concernent pas les coureurs moyens comme moi)
  • Le peloton parisien se situe entre Boston et New York, ce qui corrobore l’impression courante que les performances moyennes sont bien plus modestes dans les pays anglo-saxons qu’en Europe

 

Un calcul sur les années 2008, 2009 et 2010 montre que ces résultats sont très stables, donc il semble que pour l’instant le nombre grandissant de coureurs admis à Boston sans remplir les minimas qualificatifs ( par exemple les ‘charity runners’) ne dégrade pas encore les performances du peloton, au contraire de Londres pour citer l’exemple le plus fameux.

 

Depuis des années, la pertinence des minimas requis à Boston est débattue : en particulier, les exigences pour les femmes sont réputées trop basses. En octobre 2010, toutes les places pour l’édition 2011 ont été raflées en 8 heures seulement, ce qui semble renforcer cette impression. La proportion de femmes parmi les arrivants est également augmentée, d’après moi, par ces faibles minimas : en 2010 elles représentent 42% de l’ensemble des arrivants, et jusqu’à 52% des arrivants de la catégorie d’âge 18-39 ans. A Paris, les femmes constituent seulement 19% des inscrits et des arrivants, contre 36% à New York. Il est cependant remarquable que le peloton de Boston, avec tant de femmes, soit plus rapide que celui de Paris : c’est encore l’effet des minimas.

 

Il reste une comparaison intéressante à faire : celle entre les chiffres de Boston et ceux d’un ‘petit’ marathon français parmi les plus performants, par exemple le marathon Seine-Eure, que je connais bien. Les pelotons ne sont pas directement comparables en revanche, car il y a très peu de féminines parmi les arrivants de l’épreuve normande (10% en 2010). BostonSE2010Histo_Raw.JPG

Les histogrammes comparés montrent que le marathon Seine-Eure est plus sélectif, du moins dans ses résultats, que le marathon de Boston. Pour rendre les choses vraiment comparables, il faut réduire le marathon de Boston à ses seuls arrivants masculins. BostonSE2010_MaleHisto.JPG

Les deux histogrammes sont extrêmement proches à présent. Les temps médians sont pratiquement identiques : 3h34 et 3h36 pour les éditions 2010. Le marathon Seine-Eure est plus performant que Boston au delà du temps médian, très légèrement plus lent en deçà. Seine Eure était un peu lent cette année, avec une proportion de coureurs sous les trois heures moins élevée que d’habitude : 9% contre 13% à 15% en général. La conclusion qu’on en retire, c’est que les participants (de certains) des ‘petits’ marathons français se soumettent eux-mêmes à une sélection très similaire à celle imposée par Boston, un grand marathon celui-là. La population de ces petites épreuves est généralement composée de marathoniens chevronnés.

Le site du marathon de Boston annonce que les minimas sont actuellement en train d’être revus. Il est fort probable qu’ils deviennent plus sévères à partir de l’édition 2012 ou 2013. On peut par exemple imaginer un décalage des minimas masculins et féminins de 10 minutes pour les tranches d’âge les plus basses. On peut s’interroger sur un resserrement plus drastique pour les minimas féminins. 

Le débat sur les minimas requis à Boston comporte d’autres aspects un peu plus spécifiques :

  • Le fait que la date d’ouverture des inscriptions, en octobre, soit antérieure de plusieurs semaines au marathon de New York, course sur laquelle comptent de nombreux concurrents pour effectuer un temps satisfaisant les minimas imposés.
  • Le fait qu’une seule performance qualificative puisse permettre de s’inscrire non pas à un seul, mais à deux marathons de Boston consécutifs.
  • Il y a aussi le cas des coureurs qui, d’année en année, réalisent un temps qualificatif au marathon de Boston lui-même et qui, de ce fait, sont perçus comme bloquant l’accès à la course à des marathoniens qui ne l’ont jamais courue.
  • L’augmentation, depuis quelques années, des places accordées en dehors du système des qualifications, environ 20% des inscrits en 2011, et qui concernent les coureurs pour des organisations caritatives (‘charity runners’), qui sont une vraie plaie au marathon de Londres, ainsi que des places réservées à des catégories un peu spéciales dont je ne donnerai pas le détail ici.

 

Les modifications les plus probables du système concerneraient : les minimas qualificatifs, le nombre de places disponibles, la date de début d’inscription, ainsi que la période qualificative. 

En tout cas, il est très intéressant et surprenant, pour un Européen comme moi, de constater que le marathon de référence en Amérique du Nord est le marathon de Boston, et pas du tout le marathon de New York, qui constitue la référence absolue pour les Français. C’est sans doute l’existence des minimas qui rend ce marathon si prestigieux.

 

Quelques liens concernant le débat sur les minimas à Boston :

  •  Un article résumant la polémique sur les minimas
  • Un article résumant les changements possibles
  • Un article qui donne un historique du marathon de Boston, et en particulier des minimas qualificatifs, qui ont beaucoup changé au cours des années
  • L'article du Wall Street Journal

 

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commentaires

M
<br /> Cher marathon geek,<br /> <br /> Je te remercie vivement pour cette analyse chiffrée qui répond à des questions que je me posais sur le marathon de Boston et qui m'évitent du même coup de passer 2h sur excel ! :)<br /> <br /> Permets-moi d'ajouter quelques éléments personnels sur la lecture de ces chiffres :<br /> <br /> Pour ce qui est de la comparaison entre les courses américaines et européennes, je serais plus prudent quant aux conclusions à tirer de la comparaison NYC Marathon vs Paris. Pour moi l'un des<br /> paramètres clefs est la nature des coureurs engagés (expérience et préparation) qui impacte fortement la vitesse de la course: or NYC Marathon avec plus de 45 000 coureurs, attire à mon sens<br /> énormément de coureurs débutants et voit donc sa vitesse moyenne réduite. Il serait à ce titre très intéressant de mesurer l'impact sur la vitesse moyenne des courses du ratio de coureurs débutants<br /> ou alors de comparer le marathon de Seine-Eure, par exemple, avec un petit marathon de même taille au fin fonds du Nebraska. Pour avoir couru dans des semi et marathons des deux types (et je suis<br /> sûr que tu as davantage d'expérience que moi en la matière), j'ai bien ressenti la différence conséquente de niveau que l'on peut avoir dans des petites courses qui attirent plus de "geeks" du<br /> marathon expérimentés et bien préparés.<br /> <br /> Par ailleurs, ce qu'on ne lit pas dans la comparaison Boston vs Seine-Eure, c'est la répartition par tranche d'âge. En effet, le mode de sélection des coureurs du marathon de Boston lisse les<br /> performances par tranche d'âge : intuitivement, là où la répartition par temps moyen sera beaucoup plus éclatée à Seine-Eure, on devrait retrouver à Boston des "paquets" de tranches d'âge<br /> correspondant plus ou moins aux temps d'arrivées.<br /> <br /> Enfin, un point qui a éveillé ma curiosité pour une éventuelle analyse future portant sur l'impact de la culture sur la performance des runners : que penses-tu, dans les données statistiques<br /> disponibles sur le site du Boston marathon, du ratio de finishers (écart entre les partants réels et les arrivants) ? On y lit en effet, par exemple, que les pays anglo-saxons ont un ratio de<br /> finishers de l'ordre de 98% (USA, Canada, Australie) alors que des pays comme la France ou l'Allemagne sont de 5 à 10 points en-dessous (mais échantillon statistique plus faible) : est-ce la<br /> conséquence d'une culture de la performance plus forte dans certains pays ?<br /> <br /> Bien sportivement,<br /> Malik B. RAJAN<br /> <br /> ps:je te confirme que Boston abaisse pour la qualification 2013 le BQ time de 5mn et 59sec pour toutes les tranches d'âge masculin et féminin !<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> Merci Malik pour ton interet et pour tes commentaires tout a fait pertinents.<br /> <br /> <br /> En ce qui concerne la comparaison entre NYC et Paris, je suis d'accord pour dire que l'experience et la preparation des coureurs engages impacte fortement la vitesse du peloton. Je pense que les<br /> deux sont naturellement lies: un coureur experimente sera mieux prepare qu'un debutant. En l'absence de chiffres sur la proportion de coureurs debutants a Paris et NYC, j'utilise l'hypothese que<br /> ces deux proportions sont comparables, ou bien pas si superieure a NYC. De surcroit, je postule qu'aux Etats-Unis, et plus largement dans les pays anglophones, une enorme proportion des<br /> arrivants se contente de courir juste un seul marathon dans leur vie, en particulier dans les 'grands' marathons. On a donc une population, sans cesse renouvelee, de finishers pour<br /> lesquels la performance importe peu. La difference essentielle entre les pelotons des deux courses provient, selon moi, de la culture de la course a pied dans les pays anglo-saxons: finir<br /> est l'objectif du gros des partants, surtout debutants (et qui le resteront), et la performance ne compte pas, ou si peu. Le temps limite a Paris (5h40) est bien plus court qu'a NYC (8h30). La<br /> raison sous-jacente a cette situation est l'emprise des organisations caritatives sur les courses sur route dans le monde anglophone. (Cette situation m'agace terriblement: les coureurs 'serieux'<br /> (pas forcement rapides) qui veulent ameliorer leur temps, se retrouvent empeches de s'inscrire a certains marathons. Exemple: le marathon de Londres. Je connais bien la culture de la course en<br /> Angleterre, ou je vis, et elle me deplait terriblement. Je me suis donc totalement tourne vers la course en France.). Ta proposition de comparer deux petits marathons, un aux Etats Unis et un en<br /> France est excellente. Elle est d'ailleurs sur ma liste de calculs a faire. Je m'attends a une confirmation de la lenteur du peloton americain, en particulier des femmes. Toujours a cause de la<br /> culture de la course en pays anglophone. J'ai construit l'histogramme des temps d'arrivee par quart d'heure de chaque marathon en France en 2010, et je mettrai bientot les resultats en ligne. On<br /> y voit beaucoup de petits marathons.<br /> <br /> <br /> Pour ce qui est de la repartition par tranche d'age, c'est effectivement un angle a explorer, ce que j'ai eu un peu la flemme de faire jusqu'a maintenant. J'ai aussi une hypothese a valider: le<br /> marathon, en France plus qu'aux USA, est un sport de vieux pour ce qui est des performances: tres souvent, les veterans font jeu egal avec les seniors, et meme quelquefois le peloton des veterans<br /> devance le peloton des seniors. J'examinerai si possible les pelotons de Boston par tranche d'age, et il sera interessant de les comparer aux minimas qualificatifs. Je m'attends a des surprises:<br /> je pense que les minimas masculins pour la tranche d'age 40-50 ans sont trop en decalage avec ceux des moins de 35 ans. Mon opinion est que l'age ne commence a avoir une influence que tres<br /> tardivement sur la performance. Le facteur principal de la performance sur marathon, selon moi, c'est les qualites physiques intrinseques du coureur, et son genre.<br /> <br /> <br /> Dernier point que tu evoques: le ratio de finishers: sans avoir examine pour le moment les chiffres, mon hypothese est que ce ratio est tres eleve dans les pays anglo-saxons precisement pour les<br /> raisons que j'evoquais plus haut: les courses sont percues comme des 'events' plutot que comme une occasion de faire une performance sportive. Les temps limites tres genereux dans ces pays<br /> permettent ce phenomene. Combien de marcheurs dans les marathons americains? De ce point de vue, le marathon de Londres est pathetique et un vrai repoussoir: il est encombre, il y a des<br /> embouteillages, les coureurs lents bloquent le passage. En Europe continentale, finir compte moins que terminer et dans un temps honorable, d'ou des ratios plus faibles: il y a plus d'abandons.<br /> Une fois de plus, j'y lis l'influence des organisations caritatives sur les pelotons anglo-saxons.<br /> <br /> <br /> Enfin, je te remercie pour la qualite de ton orthographe, ce qui se fait rare de nos jours. Excuse-moi pour l'absence d'accents, mais j'ai tape cette reponse sur un clavier anglais directment<br /> dans la fenetre internet.<br /> <br /> <br /> Cordialement<br /> <br /> <br /> FXF<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> S'il faut courir plus vite, je le ferai. Mais je trouve que c'est une fausse polémique. Il y a trop de coureurs pour des causes charitables. On peut en quelque sorte payer son entrée pour Boston.<br /> <br /> <br />
Répondre
F
<br /> <br /> je suis tout a fait d'accord, Luc. C'est pareil au marathon de Londres. Le coureur moyen qui souhaite seulement ameliorer son chrono personnel se trouve empeche d'acceder a la course. Cette<br /> situation n'existe pas encore en France.<br /> <br /> <br /> <br />

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