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1 juin 2012 5 01 /06 /juin /2012 07:53

Les 12 heures de Crawley, c’est ma première course de l’année et mon premier ultra depuis les 100 km de Theillay en août 2011. Ce format de course est également une première pour moi : un ultra sur piste d’athlétisme, voilà tellement longtemps que j’en avais envie. Enfin, pour la première fois je côtoie un peu le milieu de l’ultra britannique.

L’épreuve se déroule sur la piste d’athlétisme de Crawley, une bourgade du comté du West Sussex, à mi-chemin entre Londres et Brighton, le samedi 27 avril 2012.

Logistique et départ

Réveil à 4h15 du matin, après un bref sommeil de 4 heures. J’ai mis un temps fou à préparer mes affaires la veille, comme si la possibilité de se ravitailler ou bien se changer à volonté sur un parcours aussi court me poussait à emporter plus que nécessaire. Pour le ravitaillement, connaissant le manque de variété de ce que proposent les organisateurs anglais sur leurs courses, j’ai rempli une grosse glacière de choses sucrées et surtout salées. J’emporte également plein de boissons : coca, eau pétillante, de la bière donc l’amertume est efficace pour étancher ma soif et eau plate.

Le temps de me perdre dans Crawley, j’arrive à peine 15 minutes avant le départ. Il pleut un crachin continu qui menace de durer toute la journée. J’installe ma glacière et mes bouteilles au bord de la piste à 50 mètres de la ligne de départ.  Je finis de m’habiller dans la précipitation. Je me rends compte à cinq minutes du départ que je n’ai pris aucun pansement dont j’avais prévu de me protéger les zones sensibles des pieds. J’improvise : par-dessus une fine paire de chaussettes de course, j’enfile les chaussettes imperméables que j’ai achetées la veille dans une boutique cycliste sur les conseils des coureurs du forum ADDM. J’ai peur que mes pieds gonflent trop pour le peu de place qui me reste dans mes Brooks Glycerine, mais c’est la seule idée qui me vienne à l’esprit. J’enfile une veste coupe-vent imperméable et je porte gants et casquette. La température au moment du départ vers 7 heures du matin est d’environ 7 degrés. Le temps reste très variable, comme toujours en Angleterre, mais promet une forte humidité et des précipitations. A quelques secondes du départ, je n’ai toujours pas fini de fixer mes dossards devant et derrière. Pour une fois, je n’ai pas oublié d’emporter des épingles.

Mon plan est simple : 5 tours de course, puis 100 m de marche en une minute, 4 tours ¾ de course, et 30 secondes pour me ravitailler sur le bord de la piste. Je reste fidèle à la méthode Cyrano et compte enchaîner autant de ces cycles de 23mn56 et 4 km que possible. Mon premier objectif consiste à améliorer mon temps sur 100 km. Si je le remplis, je me tournerai vers mon second objectif, boucler 112km sur les 12 heures. Selon la rodiométrie, mon potentiel sur 12 heures est 118 km. Donc je ne pense pas être trop ambitieux. Si, par exemple, je boucle les 100 km en 10h30, il me restera 1h30 pour courir 12 km, ce qui correspond à une moyenne de 8 km/h, ce qui me semble tout à fait envisageable. Tout dépendra de mon état de forme…

Les trois premières heures

Pendant les trois premières heures, j’applique scrupuleusement mon plan de course, et je maintiens une vitesse moyenne égale exactement à 10 km/h, ceci malgré deux arrêts aux toilettes. La pluie a cessé et les 22 participants ont bien pris leurs marques. Deux coureurs caracolent en tête et ne cessent de prendre des tours aux autres participants. Le coureur de tête me semble plutôt inconscient : on dirait qu’il est parti pour un marathon ou un 50 km. Il abandonnera d’ailleurs vers la sixième heure, si je me souviens bien. Quelques marcheurs déroulent leur pas cadencé. Un coureur aveugle est guidé par plusieurs coureurs à tour de rôle.

Les compteurs de tours bénévoles (‘lap counters’) sont assis sous de grandes tentes et prennent leur mal en patience. Pour maintenir le contact avec le mien, à chaque passage je lui fais un signe de la main. La mission des compteurs de tours consiste à compter les tours en indiquant sur une ‘lap sheet’ le temps écoulé à chaque tour accompli. La plupart des lap counters sont eux-mêmes coureurs d’ultra, ce qui aide à comprendre leur dévouement. Je m’alimente comme prévu, en passant au salé assez tôt, pour ne pas prématurément développer un dégoût du sucré.

Tourner sur une piste de 400 mètres est particulièrement agréable, notamment en raison de la qualité du revêtement. Le marquage exact des distances permet de savoir à tout moment si on garde la bonne allure ou si l’on ralentit. On passe son temps à se faire dépasser ou à dépasser d’autres coureurs, ce qui permet d’engager assez souvent la conversation, quelquefois sur un tour ou deux. Certains coureurs effectuent de nombreux tours ensemble, surtout ceux qui sont dans une phase de marche prolongée. Afin de me concentrer sur mon effort, je reproduis ce que je fais lorsque je cours un semi sur piste, à savoir le comptage des distances 100 m par 100 m. Tous les 10 km, je vérifie auprès de mon lap counter que nous avons la même distance. Aucun des autres concurrents ne se préoccupe de garder un œil sur la distance qu’il parcourt, d’après les réponses à mes questions, y compris le coureur en tête, qui a d’ailleurs terminé les 24 heures de Tooting en 2009 avec 234 km au compteur.

Au bout de trois heures de course, le départ de l’épreuve des six heures est donné. Les vingt concurrents s’élancent assez vite, et ne vont pas cesser de nous dépasser pendant la totalité des six heures. Je veille à ne surtout pas dévier de ma vitesse de croisière sans oublier de respecter mon plan de course à la Cyrano.

Je continue de progresser à un rythme régulier et passe aux 30km en 3h01 après 2h01 aux 20 km et 1h00 tout rond pour les dix premiers kilomètres. Les sensations sont très bonnes jusqu’à présent.

Vers les 3h30 de course, les organisateurs font passer la torche olympique des Jeux de Londres en 1948 de coureur en coureur. J’ignore où ils l’ont récupérée, mais elle semble authentique à en juger par l’inscription sur son pourtour. La torche est allumée. Je la porte sur un tour et suis bien content de la rendre car elle est sacrément lourde. Je tourne entre 2:10 et 2:22 au tour, soit une allure comprise entre 5:25 et 5:55 au kilomètre.

Quatrième heure : ça se corse

La  météo est presque clémente, je progresse à bonne allure sans trop de fatigue : tout va bien. C’est à ce moment, vers le 38ième kilomètre que je sens le coup de moins bien arriver.  C’est bizarre, je ne m’y attendais pas si tôt dans la course : à peine 4 heures se sont écoulées. Il me reste les deux tiers de l’épreuve à durer. Jusqu’ici je courais sur un rythme de 10h-10h15 aux cent bornes. J’imagine qu’il me faut maintenant compter 45 minutes supplémentaires, donc un temps similaire à mes 10h42 habituelles. Je prends mon mal en patience et continue d’appliquer ma routine course+marche+course+ ravito.

Je passe le marathon en 4h17, avec un retard d’environ 5 minutes sur l’horaire prévu. Rien de grave. A Theillay, j’avais atteint le marathon en 4h09.

Sixième heure : remise à plat de l’objectif

Dorénavant, mon allure a bien baissé. Je passe aux cinq heures à 48 km, et j’atteins les 50 km en 5h18. Je continue de faire pas mal d’arrêts techniques. Je prends mon mal en patience, je sais que le coup de moins bien peut durer longtemps mais que la forme peut également revenir.

La mi-course se présente déjà : seulement 56 km en 6 heures. Je suis donc tombé à une moyenne horaire de 8 km/h, arrêts compris. Mon allure de course est encore de 2:40 au tour en moyenne, soit 9 km/h. Les arrêts amputent donc ma vitesse moyenne d’un bon kilomètre à l’heure. C’est aussi ce moment que choisissent les organisateurs pour faire changer tous les coureurs de sens sur la piste : depuis le départ, nous avons parcouru la piste dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, le sens habituel, quoi. Tout le monde fait demi-tour à la fin de son premier tour accompli immédiatement après que les six heures ont sonné. Je doute de ma capacité à aborder des virages dans l’autre sens, mais finalement, au bout de deux tours je me suis totalement habitué à cette nouvelle perspective.

Au 58ième kilomètre, je ressens une douleur lancinante mais modérée au tendon releveur gauche. Je n’envisage pas d’abandonner et décide de continuer sans me focaliser sur cette douleur.

Septième heure : de mal en pis

Vers le 65ième kilomètre, soit 40 miles, la forme revient et j’accélère un peu : je reviens à un temps moyen d’environ 2:25 au tour, soit presque 10 km/h. Pas mal ! Ce bel élan est stoppé net au km 71 par une énorme et soudaine urgence intestinale qui m’oblige à m’arrêter plus de cinq minutes. J’atteins les 71.5 km au passage des huit heures. Je me retrouve en perdition totale. Une simple (mais improbable) règle de trois m’apprend que j’atteindrai les cent bornes en 11h15. Comptons donc sur 11h30-11h45 par prudence. L’essentiel reste de boucler au moins 100 km dans le temps imparti de 12 heures. C’est à ce moment-là que ce 12 heures s’est transformé pour moi en un cent bornes avec une limite de temps de 12 heures.

Depuis le km 58, tous les cinq tours je m’arrête au bord de la piste pour effectuer quelques flexions des jambes et pour m’étirer. J’ai l’impression que c’est bénéfique, mais que ces exercices sont une perte de temps supplémentaires. En résumé : je ne cours plus très vite, et je fais des pauses si fréquentes que ma moyenne horaire chute dangereusement.

Entre 70 et 80 km, je progresse à une vitesse moyenne misérable de 7.4 km/h ! Une vitesse de course faible (8,5 km/h) aggravée par de nombreux arrêts.

La douleur au releveur gauche s’est accentuée mais reste toujours très supportable (mais gênante) comparée à la douleur ressentie dans l’ensemble du corps. Je reste toutefois assez décontracté, ce qui réduit les tensions dans la nuque, les bras et les épaules.

Les vingt derniers kilomètres : le combat pour les 100 bornes

Quatre-vingts kilomètres en 9h09 ! La situation devient critique. Il me reste donc un peu moins de trois heures pour parcourir vingt kilomètres. Est-ce faisable rien qu’en marchant ? Je m’arrête auprès de mon lap counter afin de faire le point avec lui. Nous nous rendons compte qu’il me faudrait marcher à près de 7 km/h en moyenne, sans arrêt en plus. Je sais bien qu’il m’est impossible de marcher à cette vitesse, surtout à ce stade de la course. Je dois donc continuer à courir, cette fois en limitant les arrêts. Il pleut maintenant de manière continue depuis près de deux heures et le vent s’est levé.

Vingt kilomètres représentent exactement 50 tours. Je décide de courir ces 50 derniers tours, d’atteindre si possible les 100 km, puis de marcher pendant les 15 ou 20 minutes qui resteront avant la fin des 12 heures.

Je me lance, à la vitesse grisante de 8,5 à 9 km/h. Je minimise les arrêts, sans toutefois oublier de boire. Depuis près de 3 heures je n’ai rien absorbé de solide. Je continue de comptabiliser les distances 100 mètres par 100 mètres. J’atteins les 90 km en 10h25. J’ai eu un léger désaccord avec mon lap counter, qui me comptait un tour de moins que mes propres calculs. J’ai décidé de me ranger à son opinion, puisque c’est lui le compteur officiel, et aussi parce que je ne suis plus tellement lucide, donc il est très possible que je me sois trompé. Plus que 25 tours, en un maximum de 1h35. Cela me semble ridicule : je ne suis même pas assuré de courir 10 km en 1h35 ! Le vent est devenu si fort qu’il a emporté la plus grande des tentes de l’organisation.

Lors d’un arrêt pour me ravitailler, je remarque, sur la table de ravitaillement du coureur de tête, des antalgiques, bien posés en évidence. Je suis très étonné : prendre des antalgiques bien sûr permet d’améliorer la performance en réduisant la douleur mais supprime l’un des ingrédients essentiels de la pratique de l’ultra.

Je continue, sous une pluie devenue battante. Le vent est tellement fort que les tentes de l’organisation se sont envolées et ont dû être démontées. Les bénévoles grelottent et sont pressés que la course se termine. Après 10h42 de course, mon record sur la distance, je n’en suis qu’à 92 km, soit un déficit de 8 km. Je m’accroche et parviens à 95 km en 11h05. Nous ne sommes plus que trois à courir : les 3 premiers et moi. Je suis toujours en quatrième position.

Enfin les 100 km, en 11h45:51.

Fin de course

Je me contente de me marcher pendant les quinze dernières minutes. Je ressens d’ailleurs un froid intense : mes vêtements sont trempés depuis des heures et le vent glacial refroidit tout. Je verrai en montant en voiture après la course que la température a chuté à 6 degrés.

A dix minutes de la fin, chacun reçoit un bâtonnet de plastique portant son numéro. Un son de trompe signale la fin de la course et chacun pose sa marque sur le sol. Un membre de l’organisation vient ensuite mesurer la distance résiduelle à l’aide d’une roue Jones.

J’ai parcouru 101,116 km.

Je me dirige avec les autres coureurs vers les vestiaires. Chacun retire ses vêtements délicatement. Coup de chance, on peut prendre une bonne douche chaude. Habillés, nous nous présentons à la remise des récompenses, en très petit comité donc, dans le crépuscule naissant. La tempête fait rage.

Tirons le bilan de cette course :

-Point négatifs : (i) performance décevante, très en deçà de mes espoirs, (ii) une météo pourrie, (iii) des arrêts peut-être pas trop fréquents, mais trop prolongés, en particulier pour le ravitaillement

-Points positifs : (ii) une nouvelle expérience sur 100 km, (ii) pas d’abandon de ma part, (iii) ma première course sur piste, (iv) une très bonne ambiance pour cette première course anglaise, fidèle à mes attentes sur ultra, (v) la découverte par inadvertance d’un moyen simple de ne pas se faire d’ampoules aux pieds

-bilan physique : légère tendinite du releveur gauche et quelques brulures autour de la taille faites par ma ceinture

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  Steenwerck 2013 11:42:04
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